Inauguration de la rue Amiral Dartige du Fournet le 20 septembre 2015

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Dimanche 20 septembre  2015 
Inauguration de la rue « Amiral DARTIGE du FOURNET »
Accueil des participants et présentation des excuses de Germinal Peiro, Président du conseil départemental et député, de Madame la Sous-Préfète de Sarlat, et de Michel Lajugie, Conseiller départemental.
Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre hommage à un être d’exception, qui par sa prise de décision empreinte d’une grande humanité, a permis le sauvetage de plus de quatre mille arméniens, promis à une mort certaine puisque programmée dans le cadre d’un génocide planifié et organisé par le gouvernement Turc.
Ce sauvetage historique s’est déroulé les 12 & 13 septembre 1915, nous commémorons aujourd’hui le centenaire de cet évènement.
Le Président François HOLLANDE s’est rendu à Erevan le 24 avril dernier lors de la commémoration du centenaire du début du génocide, qui commença par la rafle, la torture puis l’exécution des intellectuels arméniens fallacieusement accusés de trahison, prétexte à engager une épuration ethnique qui fera plus d’un million cinq cent mille morts. 
Le Président de la République a rappelé  que le gouvernement Turc de ces années noires avait été accusé par la France, l’Angleterre et la Russie de crime contre l’humanité et de crime contre la civilisation. C’était la première fois dans l’histoire que ces accusations étaient portées à l’encontre d’un Etat, et malheureusement ce ne sera que le début d’une abominable litanie. 
Le 29 janvier 2001, les parlementaires français ont voté une loi qui reconnaît officiellement le génocide arménien. 
L’Amiral Louis Dartige du Fournet raconte le sauvetage des Arméniens dans un livre de souvenirs de guerre qu’il publie en 1918 :
« Dans les premiers jours de septembre 1915, le croiseur « Guichen » longeait la côte au nord d’Antioche, quand il aperçoit des signaux à terre. Une embarcation est envoyée à la plage et elle apprend que les Arméniens, fixés là dans les hautes terres du Mont Moïse sont menacés d’être massacrés par les turcs. Averti le 6 septembre, je rallie aussitôt la « Jeanne d’Arc ». Pierre Dimlakian, un des chefs arméniens, monte à bord et demande que les non combattants soient évacués, se faisant fort de tenir au moins six mois contre les troupes turques. Les colons du Mont Moïse n’ont pas la passivité ordinaire de leurs compatriotes. Mais la situation est grave. Des bandes de « bachi-bouzouks » assiègent la montagne, gagnent peu à peu du terrain, enlèvent les enfants, les femmes, les emmènent vers l’intérieur où d’affreuses scènes de brutalité marquent chaque étape de ces exodes tragiques.
Je reconnais bientôt qu’il faut évacuer ces malheureux.  Le temps presse et, quoi qu’ils en disent eux-mêmes, il faut les évacuer tous. »
A ce stade, l’Amiral demande l’accord des autorités pour procéder à l’évacuation, et recherche un pays d’accueil, mais il n’obtient aucune réponse, et poursuit ainsi son récit :
« Le 10 septembre, nous sommes à Port-Saïd, et le 12 nous faisons route pour les Dardanelles. Avant de quitter l’Amiral Darrieus, j’ai décidé avec lui l’évacuation du Mont Moïse. Tous les bâtiments disponibles y ont été envoyés et le 13, les arméniens sont embarqués. L’opération s’est effectuée sans incident sinon sans difficultés. On pouvait craindre l’intervention d’un sous-marin ennemi, qui le 8 septembre, avait coulé à l’entrée du port de Rhodes notre petit croiseur « Indien ». Il n’a pas paru, et 4080 personnes ont été recueillies. Il y avait là de pauvres bébés enveloppés dans des serviettes-éponges, qu’on se passait de main en main à travers le ressac, petits moïses vraiment sauvés des eaux, et qui ne sauront jamais que par ouï-dire à quels dangers ils ont échappé. »
Et il conclut :
« On eut pu croire que chacun aurait réclamé l’honneur de les recevoir, aurait  là une bonne fortune pour sa philantropie. On voit ce qu’il en a été dans la pratique, il a fallu leur trouver asile par une sorte de violence et je ne me souviens pas d’avoir à ce sujet un remerciement de qui que ce soit. » 
On sent quelque amertume dans ces derniers propos de l’Amiral dont la décision qu’il a prise sans même obtenir l’assentiment des ses supérieurs, n’a pas eu le retentissement qu’il pouvait espérer. Mais c’était sans compter sur la reconnaissance du peuple arménien qu’il a sauvé, et de leurs descendants qui n’ont eu de cesse que de rechercher sa trace, et un siècle plus tard nous nous retrouvons aujourd’hui pour honorer sa mémoire. Il fait partie de ces hommes qui n’obéissent qu’à leur bonté d’âme, aux plus hautes valeurs humaines qui les animent et les poussent à agir pour aider les plus faibles. Ce sont ces mêmes valeurs que défend notre République :
La liberté de pensée et d’expression, la liberté de croire ou de ne pas croire,
L’égalité de tous en droits,  quelles que soient leurs origines ethniques, culturelles ou cultuelles,
La fraternité qui impose la solidarité à avoir envers ceux qui souffrent, ceux qui sont chassés de chez eux, que ce soit par la guerre, la misère, le rejet de leur religion.
C’est le devoir d’un état laïc que de veiller au respect de ces principes fondamentaux. Depuis la loi de 1905 de séparation des églises et de l’état, toutes les religions sont autorisées, mais aucune n’est privilégiée. Il est donc illégal de dire que l’on pourrait accueillir des migrants à la condition qu’ils soient catholiques, mais on est en droit de demander l’acceptation de nos valeurs républicaines de respect mutuel. Tous ces hommes, femmes et enfants en exode sur les routes ou sur mer pour rejoindre ce qui représente leur havre de paix, leur Eldorado, méritent bien la même sollicitude que les arméniens du mont Moïse sauvés par l’Amiral Dartige du Fournet. 
Je vous invite à observer une minute de silence en mémoire de l’Amiral Louis Dartige du Fournet, des un million cinq cent mille arméniens morts lors du génocide de 1915, mais aussi en l’honneur de tous ces migrants poussés à l’exode, soit par des états totalitaristes, ou par la terreur de groupes islamistes obscurantistes………………
Je vous remercie,
Demain 21 septembre, les arméniens d’Arménie et du monde entier fêterons l’anniversaire de la naissance de leur nation, qui a vu le jour il y a 24 ans, le 21 septembre 1991.
Vive l’Arménie,
Vive la France, vive l’amitié franco-arménienne. 

http://l-echo.info/article/carsac-aillac/2015-09-23/bel-hommage-rendu-amiral-dartige-du-fournet-36098.html